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1 janvier 2007 / 19h27
- Berechit Bara et les Séfarades de New-Port

par Herbert ISRAEL Raconter l'histoire de la première synagogue des U.S.A. est une incursion dans le passé familier avec tous les sépharades.
Berechit Bara, au commencement vivaient en Espagne et au Portugal des communautés juives, brillantes nombreuses et prospères. Puis le fanatisme et les persécutions de l'Eglise se succédèrent, siècles après siècles.

Les mesures discriminatoires et répressives qu'elle institua allèrent s'accélérant, allant des multiples interdictions, aux pogroms et conversions forcées pour finir par l'expulsion des juifs en 1492 et à la sinistre et sanglante inquisition qui s'ensuivit et se poursuivit jusqu'en 1808. Ne pas allumer le feu le samedi et s'habiller d'habits nouveaux ce jour, laver la viande ou la consommer le vendredi, refuser de manger du jambon, suffisaient à faire comparaître les présumés coupables devant les redoutables tribunaux ecclésiastiques.

L'église chercha à éliminer de ses zones d'influence les juifs et les maures musulmans, les convertir, eux-mêmes, restaient suspects d'hérésie. Les moyens employés étaient la ségrégation, la recherche de la pureté de sang et la généalogie devenue une institution réglementant l'admission à presque toutes les carrières.


L'Eglise instaura le racisme d'Etat

L'Eglise avait ainsi crée la notion même du racisme d'Etat. Après les grands massacres de 1391, à l'instigation du moine Vincent FERRER, l'Inquisition crée en 1481 à Séville interdit aux juifs de quitter leurs quartiers, de séjourner en Andalousie à partir de 1482, à Séville et à Cordoue à partir de 1483, à Sarabosse, Alberacin et Tervel à partir de 1486. De la seule ville de Grenade 25.000 juifs s'exilèrent en 1492 et l'Eglise fit raser leur quartier pour bâtir à sa place une cathédrale dédiée à la vierge Marie, cette mère qui parlait araméen aux hébreux à ses enfants.

En 1525, Charles Quint promulgua un décret enjoignant aux maures musulmans de se convertir, mais tout nouveaux chrétiens qu'ils devinrent il les contraignit à arborer un croissant bleu à leur chapeau en signe d'opprobre et de différenciation.


L'Etoile jaune après la rouelle

Quatre siècles plus tard, les nazis à leur tour instituèrent l'étoile jaune pour les juifs telle la Rouelle que l'Eglise les obligeait jadis à mettre. Sinistre parallèle et mimétisme de deux dictatures totalitaires, l'une religieuse et l'autre politique.


La fuite des Marranes

La fuite des Marranes par des chemins de fortune les amena à se réfugier à Bordeaux, en Angleterre, en Italie et surtout en Hollande qui fut une terre d'asile providentielle. A partir d'Amsterdam certains partirent outre Atlantique pour le nouveau monde, riche d'opportunités et d'espérances.

L'histoire des juifs des colonies d'Amérique du Nord commence alors telle une prodigieuse saga.


Les Marranes arrivent dans les colonies nord-américaines

Les premiers juifs arrivèrent à New Port, dans la colonie de Rhode Island, à partir de 1658, venant majoritairement de Hollande mais aussi, pour quelques-uns du Portugal et de New York (USA).
Ils se constituent en communauté qu'ils appelèrent " Sauvetage d'Israël " (Yeshuath Israel).

En 1690, un petit groupe de Curacao, dans les Antilles hollandaises, les rejoignit. Les juifs furent accueillis chaleureusement dans cette ville portuaire peuplée en majeure partie de nouveaux émigrants. Peu nombreux, ils prirent l'habitude de se réunir dans des maisons privées pour célébrer les offices religieux du shabbat et des fêtes.

En 1745 Jacob Rodrigues Rivera qui avait réussi à fuir le Portugal, à partir duquel il entretenait des rapports commerciaux avec les Juifs de New Port, s'y établit. Il fut le premier à introduire dans la colonie d'exploitation du blanc de Barcelone.

Dans le même temps, Aaron Lopez originaire lui d'Amsterdam, armateur et possédant 30 bateaux de commerce, s'enrichit au point de devenir le plus riche marchand de New Port.

En 1755, à la suite du tremblement de terre qui dévasta Lisbonne et qui généra des pogroms anti-nouveaux chrétiens, quelques marranes portugais arrivèrent à leur tour. A cette date, la petite mais riche communauté de New Port comptait environ 15 familles soit au total 80 personnes.


1760 - La Communauté de New Port prend un nouveau départ

Le destin de la communauté changea avec l'arrivée en 1760 d'Isaac Touro d'Amsterdam. Grand voyageur et rabbin itinérant, ce dernier s'était d'abord établi en Jamaïque où il avait rejoint un groupe de marranes portugais et de juifs hollandais. Fin lettré, théologien, hébraïsant émérite, il avait spontanément, à son arrivée à New Port, assumé le rôle de hazan et de chef spirituel.

Très vite, il décida de rassembler les juifs éparpillés dans la colonie de Rhode Island. Pour cela, il lui fallait convaincre ses coreligionnaires de bâtir une grande et belle synagogue qui serait le point de rencontre de tous.Ceux-ci n'hésitèrent pas à rassembler les 15.000 livres sterling nécessaires à cette entreprise ambitieuse dont la première étape fut l'achat d'un terrain à Briffin Street. L'architecte chargé de dresser les plans de la synagogue et d'en surveiller les travaux était Peter Harrison, déjà célèbre pour ses réalisations aussi bien en Angleterre qu'à New Port. Il lui fallut innover la conception même de son projet, car il n'existait alors aucune autre synagogue en Amérique du Nord. Il s'inspira donc de celles d'Amsterdam et de Londres.


1er août 1759 : Pose de la première pierre

La pose de la première pierre se fit le 1er août 1759 et 4 ans plus tard, le 3 décembre 1763, la synagogue fut inaugurée en grande pompe. Le journal " New Port Mercury " relate la cérémonie et raconte comment les 5 premiers sefarim portés par 5 fidèles furent après une longue procession déposés dans l'Ekhal. Le " Ner Tamid " la lampe qui brûle toujours fut allumée par le doyen de la communauté. Les notabilités et les invités d'honneur étaient venus nombreux écouter les cantiques et assister au déroulement de ce premier et mémorable office.

Isaac Abraham Tauro avait entonné les prières, alternant hébreu et portugais. A la fin de l'office, il récite celle, comme le veut la coutume, à l'attention de la famille royale anglaise. La synagogue était éclairée par 5 lustres de style hollandais accrochés au plafond par un système de poulies permettant l'allumage des bougies et par 5 menorot de bronze polies. L'édifice et sa haute voûte reposaient sur 12 colonnes de pierre surmontées de chapiteaux ioniens et corinthiens. La symbolique de ces 12 colonnes était la représentation des 12 tribus d'Israël. La construction de briques rouges, carrée rappelait les maisons patriciennes anglaises avec des corniches, des balustres et des panneaux de pierre grège assemblés en motifs géométriques du plus bel effet. Les sépharim étaient calligraphiés sur vélin (peaux de veau cousues les unes au autres) dont le plus ancien datait de 1658. Les keter et les remonim des sépharim en argent, dons des fidèles avaient été fabriqués à New York par le grand orfèvre Myers et Hays. La Teba placée au milieu de la salle était entourée d'une rambarde fixée sur des balustres de bois. Deux beaux chandeliers en argent étaient posés de part et d'autre des 3 marches d'accès à l'estrade. Cinq fauteuils sculptés étaient adossés à l'arrière de la Teba. Ils étaient réservés à 5 responsables communautaires. Il faut remarquer la répétition voulue du chiffre 5, 5 lustres, 5 ménorot, 5 fauteuils pour 5 sages, 5 sépharim. Dans un cadre rectangulaire de mosaïque chinoise bleue et de bois d'acajou, surplombant l'ekhal, le 10 commandements se détachaient de toutes leurs lettres d'or. Deux escaliers tournants menaient &agra ; l'étage et aux trois galeries réservées aux dames. Une porte dissimulée dans les boiseries s'ouvrait sur un tunnel débouchant dans une rue voisine. Les anciens marranes qui n'avaient pas oublié les persécutions de l'église avaient demandé à l'architecte de prévoir un moyen de fuite en cas d'attaque extérieure. Ils n'eurent heureusement pas besoin de s'en servir. Pendant la guerre d'indépendance la synagogue appelée Touro du nom de son fondateur fut le seul édifice public a être épargné par les combats. Elle est la première et la plus ancienne des USA, la seconde étant celle de l'île de St-Thomas dans les Caraïbes. Cette synagogue monumentale pour l'époque servit en 1780 de lieu de réunion à l'Assemblée Générale de l'Etat de Rhode Island ainsi qu'aux sessions de la Cour Suprême de Justice. Georges Washington s rendit 2 fois, la première en 1781 et la seconde en août 1790 en tant que Président des Etats fédérés du Nord. A cette occasion, il envoya à Moses Seixa, alors président en exercice de communauté, une lettre disant entre autre:" Heureusement le gouvernement des USA qui ne sanctionne pas ceux qui versent dans la bigoterie, qui n'aide pas la persécution, demande seulement que ceux qui vivent sous sa protection se conduisent en bons citoyens en l'aidant en toute occasion".

En 1790 Thomas Jefferson, à l'époque Secrétaire d'Etat, la visita également et assista aux offices. Il dit son admiration pour son architecture à la fois classique, dépouillée et élégante. Plus tard et à la suite du déclin de l'activité du port, la communauté périclita. Beaucoup de sépharades quittèrent alors la ville.


L'arrivée des Ashkenazes

A partir des années 1880 des ashkenazes polonais russes et allemands vinrent nombreux à New Port, devenant très vite majoritaires au sein de la communauté. La transition entre ces 2 parlements a été progressive et des générations de rabbins se succédèrent, sépharadim puis ashkenazim. Des prières en espagnol sont encore aujourd'hui récitées en mémoire des premiers arrivants.

En 1982, un timbre américain commémora le 219ème anniversaire de la construction de la synagogue.


Les esclaves noirs en fuite étaient cachés dans la synagogue El Touro

On peut encore voir en visitant la synagogue El Touro la trappe d'accès au tunnel débouchant sur la rue Barney. Ce tunnel a fait partie de l'histoire de l'esclavage aux USA, car il fut utilisé par des fugitifs qui trouvèrent chez les Juifs de New Port aide et sympathie. Il était appelé alors " The Underground Tunnel ". Ceux qui parvenaient à s'évader du Maryland et des Deux Carolines, Etats du Sud, étaient cachés dans la synagogue et à la nuit tombée, ils empruntaient ce tunnel devenu celui de la liberté et de l'espérance.


Nous avons été esclaves des pharaons en Egypte

Les Juifs n'oubliaient pas qu'ils avaient été aussi esclaves en Egypte, comme aussi les otages du clergé espagnol et portugais. Ceci devrait être une réponse aux antisémites noirs qui affirment que les Juifs faisaient la traite des esclaves.
Ma nièce, Arlette Loomis, habitant Columbia (USA) me dit être indignée par les vociférations antisémites des extrémistes noirs. Peut-être cet épisode mal connu de solidarité et d'entraide humanitaire donnera à réflexion aux calomniateurs.


Transmission de la langue chez les anciens marranes

De générations en générations, le portugais et l'espagnol étaient enseignés aux enfants et servaient aux débats communautaires, aux archives et aux procès verbaux méticuleusement consignés dans les registres. Les sermons des rabbins et des proclamations aux fidèles étaient faits en portugais langue qui pour ces anciens marranes, revenus à un judaïsme encore mal connu, était celle de la culture de la transmission et de la mémoire. Au tout début de leur arrivée en Hollande et en Amérique et du fait de leur ignorance de l'hébreu, ...... sous l'Inquisition, leur liturgie était phonétiquement retranscrite en caractère latins. Rabbi Isaac El Touro fut le premier véritable hébraïsant de la communauté de New Port.

Le livre le plus répandu dans la diaspora marrane était la bible espagnole publiée à Ferrare en 1553, reprise ensuite à Amsterdam et qui avait familiarisé ces rescapés acculturés aux sources du judaïsme. Ce n'est qu'en 1761 que parut à New York, publiée par Isaac de Pinto une traduction anglaise de la bible de Ferrare, chose qui pendant longtemps avait d'abord semblé sacrilège. La communauté de New Port recevait les publications juives portugaises de Londres, Amsterdam, Livourne, Venise et Ferrare qui comprenaient les textes des sermons et les écrits des rabbins de ces villes. La Gazeta d'Amsterdam, publiée de 1675 à 1692, fut le premier journal à parvenir régulièrement à New Port. Les principaux foyers culturels sépharades furent longtemps la Hollande et l'Italie. Ces pays envoyèrent des rabanim qui réussirent à transformer ce juda& ml;sme de fugitifs en communautés prospères.


L'Intégration des Ashkenazim

Les communautés sépharades accueillirent bien plus tard les ashkenazim victimes d'autres pogroms, d'autres intolérances et d'autres haines religieuses. La communauté de New Port est un raccourci du destin des Juifs des USA. D'abord exclusivement sépharade et fière de son identité, de ses traditions et de sa langue, fondée avant même la guerre d'indépendance comme 5 autres communautés de Brésiliens, Hollandais et Portugais, elle compléta la longue chaîne des avants postes marranes disséminés depuis l'Océan Indien jusqu'à la lointaine Amérique, de l'Orient salvateur à la plus grande démocratie du monde libre.


Notes:

Mes sources d'informations:

-Les brochures de l'office du tourisme de la ville de New Port

-Histoire des Marranes de Cecil Roth

Des extraits de la bibliothèque universitaire de Columbia photocopiés par Madame Arlette Loomis
http://www.sefarad.org/publication/lm/031/israel.html



Haut de page Article rédigé par Y.K - Source : www.sefarad.org/
 


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